À travers ce nouveau corpus, François Simard approfondit sa réflexion sur la mémoire et l’inéluctable passage du temps en faisant dialoguer archives intimes et collectives. L’artiste poursuit son travail autour des paysages d’Amérique du Nord en réinterprétant des gravures de l’artiste britannique William Henry Bartlett, tirées de l’ouvrage American Scenery, publié vers la fin du XIXᵉ siècle. Ces représentations romantiques et idéalisées d’une nature dite « sauvage » et des vastes panoramas des États-Unis participaient à la construction d’un imaginaire triomphant et célébraient l’essor d’une puissance mondiale naissante, présentée comme une terre d’opportunités et de promesses.
Simard évacue les éléments narratifs et historiques de ces paysages pour en révéler l’intemporalité et le caractère immuable en contraste avec le caractère fugitif de l’existence. Par une gestuelle libre et fluide ainsi que par des formes et des lignes volontairement simplifiées, il en capte l’essence.
Dans cette nouvelle série, son travail sur l’archive et la survivance des images s’enrichit d’une dimension plus personnelle et introspective. À la manière d’un palimpseste, François Simard revisite ses propres œuvres, des abstractions réalisées dans les années 2000. Par un procédé de recouvrement, la peinture initiale transparaît en filigrane, affleurant de manière plus ou moins perceptible d’une toile à l’autre et révélant les continuités et les transformations qui traversent sa pratique. Les paysages de Bartlett entrent ainsi en résonance avec ses propres toiles de jeunesse, réactivées comme autant de reliques du passé.
Par ce jeu de superpositions et d’effacements, Simard donne à voir l’action du temps qui altère la mémoire, dilue les souvenirs et laisse parfois ressurgir, en fulgurances, des bribes limpides du passé.






