Pionnier de la céramique conceptuelle, Léopold L. Foulem a consacré près d’une cinquantaine d’années à explorer et à concevoir des œuvres. Guidées par une recherche formelle qui vise à brouiller les frontières entre Beaux-Arts et métiers d’art, ses œuvres ne s’inscrivent pas dans une dimension narrative, mais plutôt référentielle à l’histoire du médium qu’elles évoquent. Puisant dans le lexique visuel de la céramique chinoise, française ou encore américaine, L. Foulem défie les conventions établies du médium et contribue ainsi à en déconstruire les stéréotypes associés. Par son travail, l’artiste interroge notre relation aux objets et à la culture matérielle, tout en remettant en question les hiérarchies entre les genres et la notion de « bon goût ».
Travaillant à partir d’objets trouvés, L. Foulem en détourne la fonction première afin de créer de nouvelles significations et de jouer avec le lexique historique et visuel de la céramique. Contrairement aux céramiques montées du XVIIIᵉ siècle — importées de Chine en Europe, puis transformées et fixées sur des armatures de bronze spécialement commandées par des marchands merciers — les œuvres de L. Foulem sont conçues pour épouser la forme des objets trouvés par l’artiste. Les socles et montures deviennent ainsi des éléments constitutifs de ses créations, qui encadrent et structurent la dimension de ses céramiques. Dépouillées de leur fonction utilitaire, celles-ci révèlent une profusion de références au folklore et à la culture queer. Le Père Noël, la Garde montée canadienne, Colonel Sanders et bien d’autres figures peuplent le langage visuel du céramiste.
Cette exposition célèbre la carrière extensive de Léopold L. Foulem dont les œuvres figurent dans les collections d’institutions prestigieuses à travers le monde, témoignant de la portée de son travail. Décédé en 2023 (1945-2023), cette exposition se veut un hommage à la carrière d’une des figures majeures de la céramique au Québec.
Famille jaune
Famille jaune est composée de cinq oeuvres dont les surfaces font référence à des surfaces historiques, notamment à l’emploi du jaune dans les céramiques chinoises. À l’inverse de l’émail autrefois utilisé en Chine, L. Foulem utilise une glaçure jaune, sur laquelle il applique des décalcomanies, des émaux ou des lustres métalliques qui révèlent des couleurs éclatantes après des cuissons successives. Loin d’être de simple reproductions, cette série englobe des oeuvres aux surfaces mnémoniques évoquant notamment Meissen dont le jaune était la couleur de prédilection.
Images de vases
Cette série de vases jouent avec la notion d’abstraction en céramique. Privés de creux, les vases perdent leur utilité fonctionnelle pour devenir des surfaces planes: des images de contenants céramiques. La négation de la fonction est une des préoccupations récurrentes dans le travail de L. Foulem. Les signes de vases reconnaissables transforment ces d’objets en œuvres d’art abstraites. Les surfaces utilisées constituent par ailleurs un clin d’œil aux tableaux des peintres abstraits de la deuxième moitié du XXᵉ siècle, tels que Jackson Pollock ou Larry Poons.
Bocages
Enrobées dans des fleurs minutieusement modelées, plusieurs figures se tiennent au centre de tableaux à l’allure Rococo. Inspirée des bocages commandés par Madame de Pompadour ou Marie-Antoinette au XVIIIᵉ siècle — ornements composés de fleurs en porcelaine réalisées par les « fleurettes » —, cette série détourne les codes classiques de la porcelaine en y intégrant des scènes provocatrices. Ainsi, Colonel Sanders, figure emblématique des publicités PFK, y apparaît déguisé en prêtre tentant de séduire un jeune adolescent. Nombreuses sont les œuvres de L. Foulem qui détournent des iconographies religieuses, y mêlant irrévérence, humour et provocation.
Décalcomanie
Divers récipients s’intègrent aux montures et anses chinées par L. Foulem dans des marchés aux puces. Bien qu’imitant le bronze ou l’argent, ces éléments sont en réalité réalisés à partir de matériaux bon marché, assemblés autour de la céramique. Les surfaces se parent de figures de la Gendarmerie royale canadienne, d’animaux, de fruits et de fleurs, appliqués grâce à la technique de la décalcomanie. Ce procédé permet à l’artiste de combiner divers codes et jeux de mots queer : les fruits (fruits), les pensées (pansies), ou encore le coq (cock). Entremêlés à des symboles nationaux canadiens et à des références issues de la culture populaire, notamment des phrases iconiques de Mae West, ces œuvres illustrent l’iconographie singulière qui caractérise l’ensemble du travail de L. Foulem.
Dessins
Principalement réputé pour ses céramiques, les dessins de Léopold L. Foulem sont bien souvent méconnus du public. Créés lors de ses études en arts visuels aux États-Unis à la fin des années 70, ces esquisses témoignent de l’importance du volume déjà marquant dans ses premières œuvres. Les contours des corps nus représentés par l’artiste prennent plus d’ampleur que les détails picturaux des dessins, ainsi le volume devient l’essentiel de la représentation.








