- 

    MTL

    Jardins intérieurs réunit le travail de deux artistes émergentes, Shazia Ahmad et Sfiya. Leurs œuvres, issues de palettes chromatiques restreintes, explorent les notions de mémoire, d’appartenance et de diaspora, qui se matérialisent à travers des espaces à la fois autobiographiques et fictionnels.

    Dans la série Œil pour œil, Sfiya aborde, à travers des tableaux aux accents surréalistes, les croyances, les contes et la construction identitaire façonnée par un parcours migratoire entre le Maroc et Montréal. Un bleu azur, symbole de protection contre le mauvais œil, imprègne ses scènes domestiques où les frontières entre monde spirituel et monde physique se brouillent. Cette même teinte bleue domine également les tableaux, tapis et dioramas de Shazia Ahmad, qui répètent avec minutie points de croix, motifs floraux, objets et scènes intérieures. Les couleurs vibrantes de ses œuvres font écho à un sentiment de nostalgie et à la recherche d’un chez-soi reconstruit à travers la mémoire.

    En savoir plus

    La nouvelle série de Sfiya, Le théâtre imaginaire de Ouled Saïd, s’inspire de la tribu de son grand-père, qui lui a été décrite maintes fois à travers de vivides souvenirs du soleil écrasant, du bétail, de la lumière jaunie et des nids de cigogne. Ce lieu mythologique, façonné par les récits et les histoires familiales, a nourri la création de la tribu-ville fictive qui peuple les œuvres de cette série. Il y a quelques années, l’artiste a découvert des photos de sa tribu paternelle, confrontant ainsi les décors mentaux fabriqués par son imagination. Elle aborde donc la diaspora comme un espace de fiction oscillant entre lieux imaginés et souvenirs réels.

    Inspirés de photos documentant la tribu Ouled Saïd, les six tableaux de cette série développent une nouvelle palette de couleurs où se juxtaposent vert et mauve. Ce changement esthétique traduit également une migration des scènes quotidiennes, passant de l’intérieur vers l’extérieur. La figure familière de la cigogne, omniprésente dans de nombreux tableaux de l’artiste, est désormais accompagnée d’autres personnages également représentés sous forme d’animaux métaphoriques. Ceux-ci posent, à la manière de photos de famille ou de mises en scène théâtrales, dans un décor semi-fictif où réel et imaginaire se mêlent.

    Dans les œuvres de Shazia, mondes intérieurs et havres bucoliques entrent en dialogue. Suivant le rythme des saisons et des fleurs du jardin familial, ses scènes semi-autobiographiques intègrent également des objets du quotidien. Les motifs floraux et géométriques, répétés à l’instar du geste mécanique de la broderie, évoquent des schémas proches des textiles et tapis pakistanais. Mi-Chilienne et mi-Pakistanaise, Shazia ponctue ses compositions d’objets et de tapis qui renvoient à la notion de chez-soi, à la mémoire et à la nostalgie.

    Les dioramas de Shazia Ahmad reflètent son monde intérieur et les différentes phases de sa vie. Ils intègrent des souvenirs de famille, des peintures miniatures, des tapis et d’autres éléments personnels qui ont constitué des étapes importantes de son parcours. Débutés pendant la pandémie, les dioramas prennent la forme de maisons tridimensionnelles à travers lesquelles se déploie l’univers créatif de l’artiste. Les tapisseries qui habitent ces dioramas sont, avec le temps, devenues des œuvres à part entière, créées en écho aux textiles pakistanais qui ont marqué son enfance.

    Œuvres exposées