Chiguer art contemporain est ravi de présenter Spirits in the Sky, une exposition solo de Qavavau Manumie. Emprunté à l’une des œuvres présentées, le titre prend tout son sens dans une remarquable série de dessins sur fond noir où animaux, paysages et figures énigmatiques surgissent de l’obscurité. Entre scènes nocturnes, vastes paysages du Nord et créatures étonnantes, Manumie construit un monde où le réel et l’imaginaire semblent appartenir à un même territoire.
Chez Qavavau Manumie, les animaux ne se contentent jamais d’habiter le paysage. Ils observent, agissent, protègent, chassent, se transforment et semblent parfois retourner vers l’humain son propre regard. Cette relation traverse l’ensemble de l’exposition et donne aux œuvres une profondeur qui se révèle progressivement, souvent derrière une première impression de simplicité ou d’humour.
Un oiseau presque costumé, dont le plumage devient ornement, saisit une cuillère avec son bec. Le rapprochement est à la fois étrange et drôle : le bec et la cuillère semblent presque se prolonger l’un l’autre, comme si l’objet humain devenait naturellement une extension du corps de l’animal. Ce type de glissement est caractéristique de l’univers de Manumie. Le familier devient insolite sans jamais perdre sa légèreté. Ailleurs, un caribou porte dans ses bois des instruments de chasse, renversant l’image traditionnelle du trophée accroché au mur. Cette inversion évoque autant la mémoire des animaux que celle de la nature et interroge subtilement la place que l’humain s’accorde au sein du vivant.
Cette porosité entre les mondes traverse également l’exposition. Animaux, humains et objets peuvent se prolonger les uns dans les autres jusqu’à former des êtres hybrides. Dans une imposante œuvre de 2023, un oiseau semble ainsi se transformer autour d’un immense filet rempli de poissons, tandis qu’un visage presque humain apparaît au cœur de la composition. Dans d’autres dessins, le monde marin se déploie dans des constructions presque symétriques, comme s’il possédait son propre ordre. Manumie ne livre jamais une seule lecture de ces images : il laisse circuler le regard entre récit, humour, étrangeté et merveilleux.
À ces compositions foisonnantes répondent des paysages d’une grande retenue. Montagnes, eau, horizon et lumière suffisent à imposer la présence du Nord. Dans Kinngait Mountain at Dawn, la montagne émerge lentement de la pénombre jusqu’à devenir presque abstraite. Le territoire apparaît ainsi comme le fil conducteur de Spirits in the Sky : un espace vivant et partagé où humains, animaux, récits et mémoire coexistent. Chez Manumie, l’imaginaire n’est jamais très éloigné du réel. Il devient une autre manière de l’observer.
Né en 1958 et ayant grandi à Kinngait, au Nunavut, Qavavau Manumie développe depuis plusieurs décennies une pratique remarquable du dessin et de l’estampe. Aux côtés d’artistes comme Shuvinai Ashoona, il appartient à une génération d’artistes de Kinngait dont le travail a contribué à renouveler le regard porté sur l’art inuit et à affirmer sa présence dans le champ de l’art contemporain canadien. Son œuvre conjugue avec une liberté singulière observation du territoire, récits, humour et métamorphose.